Frédéric Agid
du dessin à la peinture... sans bavure

Faire, expérimenter, s’écouter : construire sa pratique d’artiste – conversation avec Frédéric Agid

J’ai rencontré Frédéric Agid en décembre 2019, lors du Marché des Créateurs organisé à la galerie Openbach, où je présentais mes céramiques et sérigraphies.

À l’époque, je connaissais surtout son travail de tatoueur. J’ai ensuite vu apparaître la céramique dans sa pratique, puis plus récemment la peinture.

Et c’est justement ce passage d’un support à l’autre qui m’a donné envie de l’inviter pour discuter avec lui dans un épisode du podcast À l’atelier.

Parce qu’en découvrant ses peintures, j’ai immédiatement reconnu son travail.

Les médiums changent. Le langage, lui, reste là.

Du dessin au tatouage, de la céramique à la peinture

Frédéric Agid - crédit photo : @regisgrman

Aujourd’hui, Frédéric se présente avant tout comme artiste et utilise principalement la peinture. Mais son parcours est loin d’avoir été linéaire : école d’arts appliqués, graphisme et publicité, dessin, tatouage, céramique… avant de revenir finalement à un désir présent depuis longtemps : peindre. 

La céramique arrive notamment lorsqu’il cherche un moyen de continuer à faire vivre ses dessins autrement que sur la peau. L’enjeu n’est déjà pas de changer d’univers, mais de changer de support.

Et c’est une question que je trouve particulièrement intéressante pour les artistes et artisans :

jusqu’où peut-on expérimenter sans perdre la cohérence de son travail ?

Faut-il vraiment choisir un médium et s’y tenir pour être identifiable ?

La conversation avec Frédéric montre plutôt l’inverse.

Cet article présente des extraits du podcast L’atelier Myrettes, disponible sur les plateformes d’écoute.

Trouver son style… ou arrêter de vouloir le trouver ?

Nous avons évidemment parlé de style. Et sa réponse m’a intéressée parce qu’elle prend le problème à rebours : Frédéric explique qu’il n’a jamais réellement cherché à « trouver son style ».

Il raconte même que certaines périodes où il a voulu adapter son travail à ce qu’il pensait devoir faire — ou à ce qu’on lui disait susceptible de mieux se vendre — l’ont éloigné de ce qui lui ressemblait.

Avec le temps, son trait, ses personnages et son univers sont pourtant devenus suffisamment reconnaissables pour traverser le tatouage, le volume et désormais la peinture.

C’est peut-être là l’un des fils rouges de cet épisode :

la cohérence artistique ne consiste pas forcément à répéter la même chose.

Elle peut aussi se trouver ailleurs : dans une façon de dessiner, de raconter, de regarder le monde, dans certaines obsessions qui reviennent ou dans une manière particulière de faire parler les personnages et les formes.

Et trouver sa propre façon d’être artiste

Au fil de la conversation, une autre question apparaît : à quoi doit ressembler une vie d’artiste ?

Faut-il avoir un travail alimentaire à côté ? Créer tous les jours ? Séparer vie professionnelle et vie personnelle ? Avoir un atelier loin de chez soi ? Consacrer tout son temps à sa pratique ?

Pour Frédéric, l’un des déclics a justement été de comprendre qu’il n’existait pas un modèle unique à suivre. Il parle d’« autant de modèles qu’il y a de pratiques et donc d’artistes ».

Et derrière cette question d’organisation revient celle de la légitimité.

S’autoriser plusieurs heures de peinture alors qu’une tâche rémunérée, administrative ou simplement quotidienne pourrait toujours sembler plus urgente.

À un moment de l’échange, Frédéric raconte très concrètement cette difficulté : même lorsqu’il sait que la peinture est son activité, quelque chose lui fait encore parfois considérer le reste comme prioritaire.

Considérer le temps de création comme du vrai temps de travail est parfois déjà une étape en soi.

Faire avant de savoir si ça va marcher

Nous avons aussi beaucoup parlé de légitimité.

Du regard des galeristes. De la peur de ne pas plaire. Du syndrome de l’imposteur. Du moment où une remarque extérieure peut suffire à remettre toute une pratique en question.

Frédéric raconte qu’il a longtemps été très sensible à ces discours. Aujourd’hui, sa position a changé : lorsqu’il peint, il cherche d’abord à faire exister le tableau.

La question de savoir s’il sera vendu, exposé ou compris arrive après.

Et ce déplacement change beaucoup de choses.

Car derrière les questions de médium, de style ou de positionnement, notre conversation revient finalement toujours au faire :

produire, expérimenter, recommencer, pratiquer suffisamment pour que le geste s’affine et que le travail évolue.

Frédéric le formule très simplement : « plus on fait, plus on a envie de faire et plus on affine ».

Créer d’abord du lien, pas forcément vendre tout de suite

Nous avons aussi parlé de la suite : montrer son travail, rencontrer des galeristes, curateurs, collectionneurs ou art advisors.

Là encore, la conversation remet un peu de temps long dans l’équation.

Une prise de contact n’a pas nécessairement besoin d’aboutir immédiatement à une vente ou à une représentation. Elle peut commencer par une rencontre, une conversation, une visite d’atelier.

Construire une relation avec les personnes susceptibles de faire circuler ou représenter son travail demande du temps.

Une manière aussi de sortir de cette pression très entrepreneuriale qui voudrait que chaque action soit immédiatement « rentable ».

Et surtout : continuer à expérimenter

À la fin de notre échange, Frédéric revient finalement à quelque chose de très simple : continuer à expérimenter et se donner du temps pour le faire.

Peut-être est-ce finalement ce qui relie tout le reste.

Changer de médium. Trouver son langage. Se confronter au regard des autres. Faire de la place à sa pratique. Rencontrer ceux qui pourront un jour accompagner ou diffuser son travail.

Rien de tout cela n’est réellement figé.

On avance en faisant.

Dans cet épisode d’À l’atelier

Avec Frédéric Agid, on parle donc de tatouage, de dessin, de céramique et de peinture, mais aussi :

de style et de cohérence artistique, du syndrome de l’imposteur et du regard des autres, de légitimité, de la place qu’on accorde à la création dans son quotidien, de vente et de marché de l’art, de rencontres professionnelles… et surtout de la nécessité de continuer à faire.

Une conversation très libre autour d’une question qui traverse finalement beaucoup de parcours créatifs :

comment construire une pratique qui nous ressemble, sans se laisser enfermer par ce qu’on pense devoir faire ?

Écoutez l’épisode : Du dessin à la peinture… sans bavure. — avec Frédéric Agid.

Cet article présente des extraits du podcast « À l’atelier », disponible sur les plateformes d’écoute.

 

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