Dans l'atelier de....
Natacha Delannoy Kliber

Une démarche engagée dans la création du Bijou contemporain

J’ai rencontré Natacha Delannoy Kliber en 2023, lors de la première édition de mon stage « Structurer son processus créatif« .

Elle s’engageait tout juste dans sa reconversion vers la céramique. Architecte de formation, elle explorait alors les possibilités offertes par la matière.

2 ans plus tard, elle a trouvé sa voie : une pratique singulière, entre bijou contemporain, artisanat et recherche, portée par une démarche créative forte, ancrée sur le territoire, ses ressources, et leur revalorisation à travers des pièces uniques et sensibles.

Lors d’un passage à Paris, nous nous sommes retrouvés en terrasse d’un café. Je lui ai proposé de revenir sur son parcours, ses choix et sa démarche. 

Cet article présente des extraits du podcast L’atelier Myrettes, disponible sur les plateformes d’écoute.

Présentation

« Je suis céramiste-bijoutière, ancienne architecte. Je me suis reconvertie dans la céramique depuis un peu plus de deux ans et je me consacre à la création de pièces uniques depuis un an et demi. Avant, je donnais beaucoup de cours, mais aujourd’hui je suis vraiment entrée dans le cœur de mon travail personnel. »

Si tu devais décrire ton travail en une phrase à quelqu’un qui ne te connaît pas ?

« Je dirais céramiste-bijoutière, parce que je crée des bijoux en céramique, soit en porcelaine, soit en argile que je récolte, que j’émaille avec des émaux faits maison à partir de roches que je glane dans les Vosges. »

Sur ton site, tu te présentes comme une “chercheuse-cueilleuse curieuse”… et finalement aussi un peu chimiste ?

« Oui, complètement. Le terme « chercheuse-cueilleuse » est lié à mon goût pour la recherche de matières et d’expérimentations. Et je suis aussi un peu chimiste :

  • je peux passer beaucoup de temps à calculer précisément des recettes (pourcentages molaires, etc.),

  • ou au contraire à expérimenter de manière intuitive : 60/30/10, au feeling, puis j’ajuste.

Je glane des roches dans la nature, mais aussi dans les carrières qui me donnent leurs « déchets ». C’est encore plus pratique, et ça nourrit mon travail d’émaux de roche. »

La découverte des émaux et la démarche écologique

Ce qui m’intéresse beaucoup, c’est ta démarche esthétique et écologique. Comment tu en es arrivée là ?

« Avant la céramique, je créais déjà beaucoup, notamment des bijoux. En découvrant la céramique, je me suis intéressée aux personnes qui vont chercher leur matière première : l’argile et les roches.
Les émaux de cendres sont connus, mais les émaux de roche beaucoup moins. J’ai suivi une formation avec Simon Manoha, et ça a été une révélation : j’ai décidé de mélanger mes deux passions, bijoux et émaux. Au début, ça surprenait tout le monde, parce que personne ne faisait ça. Et finalement, ça fonctionne. »

Comment mets-tu ce travail en avant aujourd’hui ?

« J’essaie de l’expliquer sur mon site et mes réseaux. Je parle d’émaux de roche et de cendres, mais ça ne parle pas à tout le monde. En salon, j’explique beaucoup en direct : les gens sont souvent surpris, sensibles à cette démarche de réemploi et de revalorisation. »

Est-ce que l’écologie était présente dans ta démarche dès le départ ?

« Je pense que je l’ai toujours eu en tête, même si je n’ai pas commencé pour ça. Dès mes premières formations, je voulais travailler avec un minimum de matières, éviter les produits dangereux ou controversés.
Je prends très peu de roche : depuis mes débuts, seulement deux kilos ! Comme je fais des bijoux, les quantités nécessaires sont faibles. Je travaille aussi avec les carrières. Donc oui, il y a un côté écologique, sobre, durable, mais aussi pratique : je veux que ça reste simple pour moi. »

Le travail de la matière

Pourtant, travailler les émaux, ce n’est pas si simple…

« Non. La démarche n’est pas simple, parce qu’il faut récolter, concasser, tester. Mais j’adore ça. Je ne vais pas élargir beaucoup la variété de mes roches : je travaille localement, et je sais que déjà avec celles des Vosges, je peux créer énormément en variant les pourcentages.
Ce qui peut sembler une contrainte compliquée, pour moi, c’est une façon de simplifier et d’alléger mon travail. »


Combien de temps ça te prend quand tu crées quelque chose de nouveau, entre la cueillette et un résultat final ?


« C’est difficile à définir. Avant ma première collection de bijoux, j’ai passé 3 mois uniquement à tester des émaux. Très peu de récoltes m’ont suffi : par exemple, une roche basaltique qu’on m’a donnée en carrière m’a permis d’avoir de quoi travailler pendant cinq ans.
La glane, finalement, ce n’est pas tant que ça : j’y vais parfois volontairement, parfois au hasard d’une balade. Mais j’ai appris à reconnaître les roches comme on apprend à reconnaître une plante. Aujourd’hui, je me sers aussi d’applications et de cartes géologiques, et je complète avec l’aide des carrières. »

Et justement, contacter les carrières, c’est venu comment ?

« Avec Simon Manoha, j’ai vu qu’on pouvait récupérer les déchets de carrière : poussières, chutes, restes de taille. J’appelle les carrières, je demande. Ça m’a permis de rencontrer des interlocuteurs ouverts, étonnés, mais contents de voir leur matière revalorisée. »

Processus créatif et singularité

Qu’est-ce qui te nourrit le plus aujourd’hui : la matière, ton territoire, les rencontres ?

« C’est difficile à dire. J’ai beaucoup d’influences : mon enfance, des choses que j’aime. Certains me disent que mon travail est très géométrique (héritage de l’architecture), d’autres le trouvent primitif. Ce n’est pas volontaire, mais j’accepte ces interprétations.
Je regarde beaucoup autour de moi. Une phrase de Violaine Ulmer, bijoutière-céramiste, m’a marquée : « Il ne faut pas avoir peur de tout regarder. Tu vas engranger tellement d’images que tu ne pourras pas copier. »
C’est exactement comme ça que je fonctionne. Au début, je créais surtout en laissant la matière me guider. Aujourd’hui, je commence à dessiner mes pièces en amont, parce que je connais mieux la porcelaine. »


Donc tu es passée de l’expérimentation à une approche plus consciente et maîtrisée ?

« Oui. J’ai envie de pousser des choses plus techniques. Mais ce qui domine, c’est le jeu entre brut et émaillé. Et il y a toujours ce côté géométrique : j’aime tailler dans la matière, partir d’un bloc plein et enlever petit à petit. »

Tu es sculptrice, finalement ?

« Oui, c’est plus proche de la sculpture que de la bijouterie classique. Au départ, je ne savais pas comment faire : je n’avais jamais appris à réaliser des bagues, mais j’adorais ça. Alors j’ai sculpté directement. Maintenant, je commence à introduire du modelage et du collage pour des pièces plus complexes. »

Qu’est-ce que t’a apporté le stage ‘Structurer son processus créatif’ ?

« Beaucoup. Le mot clé pour moi, c’est structurer. Ça m’a permis d’identifier clairement mon univers, même avant d’avoir produit ma première collection.
J’avais déjà en tête des bijoux bruts, des pièces avec du caractère : le stage m’a aidée à poser tout ça, à organiser mes inspirations.

Ce qui me manque souvent, comme à beaucoup d’artistes/artisans, c’est la méthodologie : on fonce dans la création sans prendre le temps de prioriser. Aujourd’hui encore, je m’appuie sur cette notion d’arrêter, faire un stop, hiérarchiser, structurer.
J’ai aussi beaucoup aimé le travail en duo : se confronter au regard de l’autre, entendre ce que ça évoque pour lui. Ça donne des retours précieux. »

« S’entourer, échanger, se montrer.

Parce qu’on n’est jamais très objectif

quand on a le nez dans nos créations. »

Le conseil de Natacha

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Le regard des autres… conseil aux artistes en doute

Comment ton travail est-il perçu ?
« C’est très tranché. Certains n’aiment pas du tout — j’ai déjà eu des réactions de rejet, de moquerie (souvent des hommes, d’ailleurs). Mais d’autres ont un coup de foudre immédiat.
Et c’est ça qui compte : voir les yeux d’une personne s’illuminer.

Une cliente m’a marquée : elle a cassé son collier et m’a demandé de le réparer. Elle m’a dit : « Ce collier me fait quelque chose quand je le porte. » J’ai trouvé ça magnifique, parce que ça montre que mes pièces provoquent des émotions profondes, même inattendues. »

Quel conseil donnerais-tu à un·e artisan·e qui doute de sa singularité ?

« D’en parler. Montrer son travail, partager un moodboard, demander des retours.

On est souvent trop le nez dessus, pas objectifs. Les réactions des autres permettent de voir différemment, d’améliorer, ou de découvrir que le message reçu est intéressant même s’il est différent de celui qu’on voulait transmettre.
Et surtout, ça crée de l’émulation. La créativité se nourrit aussi des autres. »

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Personnes citées dans le podcast

 

OÙ TROUVER
Natacha Delannoy Kliber

Cité du Faire, 16 avenue de la Malgrange, 54140 Jarville-la-Malgrange

15 min en bus ou en vélo du centre de Nancy.
Parking gratuit et abri à vélos devant la Cité du Faire
BUS T2 (arrêt Jarville Mairie) C1 et 12 (arrêt Clémenceau).

www.natachadelannoykliber.com

à l'atelier...​

« À l’atelier » est un podcast qui explore la créativité à travers les voix et les parcours de celles et ceux qui créent.

Chaque épisode est une plongée dans le processus créatif : on y parle d’intuition et de structure, de choix et de doutes, d’identité et d’élan.
J’y invite des artistes, artisan·es, curateur·rices ou communicant·es, tous liés par un même fil : faire vivre la création, la penser, la montrer, la transmettre.
Parfois, je prends le micro seule, pour partager réflexions, outils et des questions qui traversent nos pratiques — afin de nourrir vos projets et cultiver une créativité plus claire, plus alignée et plus vivante.